Portrait supposé du doge Marino Faliero.

Salute a tutti !

Aujourd’hui, je voulais vous parler d’une affaire relative à la Venise du XIVème siècle, dont j’ai pris connaissance… à Venise même, lors d’un week end que je ne regretterai pour rien au monde ! Il s’agit du cas du doge Marino Faliero. Quand on est passionné par l’histoire, l’Italie et l’histoire de l’Italie, il semble naturel que l’on passe son temps à observer le chef d’œuvre urbain qu’est la Sérénissime, un grand sourire béat aux lèvres et des étoiles plein les yeux. Et quand, après avoir vu les merveilles du Grand Canal, de la Basilique Saint-Marc, des quartiers ou du pont Rialto, on se retrouve dans le Palais des Doges, au milieu de la salle du Conseil des Dix à écouter un des évènement les plus croustillants du passé de la République, on a de quoi exulter ! (Je ne remercierai jamais assez la guide que l’on avait pour cela!)

Mais je m’emballe ! Pour un bref rappel historique, Venise est devenue une république dès la fin du VIIème siècle avec l’élection du premier doge Paolo Lucio Anafesto en 697. Elle le restera jusqu’en 1797, quand Napoléon Bonaparte et son armée entreront dans la ville, forçant le doge Ludovico Manin à abdiquer. Si le système d’élection des dirigeants connu des remaniements au XIIème siècle, c’est sous le dogat de Lorenzo Tiepolo qu’une nouvelle réforme sera mise en place en 1268 pour subsister jusqu’à la fin de la république. L’élection est complexe, passant par l’entrée en lice du Grand Conseil, des tirages, des suffrages, pour aboutir à un conclave qui délibère sur le nombre de voix et le doge à nommer. Il est important de garder en tête que le doge se doit, avant tout, d’exécuter la volonté du peuple vénitien et qu’il n’aura jamais autant de pouvoir qu’un roi ou un seigneur. Forcément, certains virent plus grand.

Le 11 septembre 1354, Marino Faliero fut élu 55ème doge, suite à la mort de son prédécesseur Andrea Dandolo. Issu d’une ancienne famille originaire du Fano, qui avait déjà donné deux doges à la République, il était réputé pour être un homme orgueilleux et ambitieux. Son tempérament violent fut également révélé le jour où il gifla un évêque s’étant présenté en retard à l’une de ses cérémonie. La période de son dogat fut marquée par une récession économique, conséquence de la guerre menée contre Gênes après 1350. Alors que les deux villes étaient rivales, il négocia secrètement un accord avec le gouvernement génois.

Les ambitions de Faliero atteignirent leur point culminant sept mois après son élection. Si la république de Venise veillait généralement à éviter l’élection de plusieurs doges d’une même famille, c’était pour empêcher une prise de pouvoir arbitraire, fatale aux fondements de son système. Voilà pourtant ce que désirait Faliero. Balayer l’aristocratie dominant la cité et y assoir la suprématie de sa famille. Pour ce faire, il mit au point une conjuration, parvenant à rallier à sa cause de grands bourgeois dont Bertuccio Israello, propriétaire de navires, et Bertrando Bergamoso, riche tanneur. Une insurrection fut fixée à la date du 15 avril 1355. Les hommes de Faliero devaient pénétrer dans le Palais Ducal, assassiner les nobles présents ainsi que les membres des différents Conseils pour finalement supprimer le Grand Conseil et déclarer le doge “Seigneur de Venise”.

Cela aurait pu avoir lieu si l’erreur commise par l’un des conjurés n’avait mit fin à la conspiration. A l’époque, la délation était monnaie courante à Venise. Elle était même autorisée et encouragée par la loi. Les citoyens qui désiraient dénoncer un ennemi de la République, avaient à disposition, dans la cour du Palais des Doges, des bouches à tête de lion sculptées. Ils se présentaient le visage couvert d’un masque blanc, afin de garantir leur anonymat, et repartaient, sitôt leur devoir de citoyen accompli. Peut être sans penser à mal, Bertrando Bergamoso confia à l’un de ses amis, le patricien Nicolo Lion, les projets de Faliero. Lion, bien évidemment, dénonça les conjurés, qui furent mis à la torture et révélèrent l’identité de leur chef, le doge lui-même. Le 16 avril, Israello et Bergamoso furent jugés et exécutés, en compagnie de neuf autres conspirateurs. Le 17 avril, Marino Faliero subi à son tour la juridiction et fut accusé de Haute Trahison pour sa tentative de coup d’État et son accord économique passé avec Gênes. Condamné à mort, il fut décapité dans la cour du Palais Ducal, et son cadavre resta toute une journée exposé. Le soir du 18 avril, il fut déposé dans une gondole et inhumé sans cérémonie dans un caveau d’une chapelle de l’église des saints Giovanni et Paolo, nécropole des doges vénitiens.

« L’exécution de Marino Faliero » par Delacroix, 1827.

Marino Faliero ne sera resté doge que sept mois, mais il aura suffit à marquer l’histoire de la république de Venise. Il est le seul des 76 premiers doges à ne pas figurer dans la salle du Grand Conseil. Son portrait est remplacé par une tenture noire où il est inscrit  Hic est locus Marini Falieri decapitati pro criminibus (Ici se trouve l’emplacement de Marino Falier, décapité pour ses crimes), en guise d’exemple.

Avec une république qui aura duré 1100 ans et aura compté 120 doges, on comprend mieux pourquoi Venise, que l’on désigne aujourd’hui comme un “port touristique” sur les panneaux directionnels, fut appelée jadis La Sérénissime.